« Seulement 1,9 % des fonds vont actuellement vers des femmes entrepreneures. »
50inTech c'est le réseau de référence des femmes de la tech.
Caroline Ramade a une conviction : la technologie de demain se fera avec les femmes. Elle défend cette vision en tant que fondatrice et CEO de 50inTech.
Constatant les inégalités de genre dans le domaine de la technologie, Caroline Ramade a co-fondé 50inTech pour accélérer les carrières des femmes dans ce milieu. Persuadée que l’entrepreneuriat au féminin est un véritable enjeu aujourd’hui, elle a rejoint avec grand plaisir cette 3e saison du programme She’s Mercedes. Grâce à son expérience à la direction d’un incubateur, c’est une mentore aguerrie qui accompagne Erika Seydoux, d’iAMSTRONG, et Léa Egger et Julie Zimmermann, de Pardi.
Mentoring
Entretien
« Je suis la maman de 2 filles et je vis à Bordeaux. J'ai fait des études de science-politique et j'ai commencé comme journaliste. Le fil conducteur de ma carrière a toujours été l’engagement et la Tech. J’ai plutôt eu un parcours public. J'ai d'abord été la conseillère presse du maire du 18e arrondissement de Paris, j'ai conseillé plusieurs élus puis je me suis rapidement focalisée sur la façon d’engager les citoyens dans l'univers du numérique car je suis une passionnée d’innovations. Ensuite, on m'a proposé de devenir directrice générale d'un incubateur. J’y suis rentrée pour repositionner complètement l'association qui allait très mal donc ça a été mon école de l'entrepreneuriat. J'ai utilisé ma fibre créatrice mais il a aussi fallu me former sur plein de choses. C’est en baignant dans cet univers - on accompagnait 500 femmes par an - que j'ai eu un déclic sur la très faible représentation des femmes dans la Tech et dans le numérique et leur sous-financement ainsi que leur sous-présence dans les rôles techniques. »
« Oui, les chiffres sont éloquents : les femmes ne représentent que 22 % de l’ensemble du milieu de la Tech et reçoivent seulement 1 % des investissements ! Forte de mon expérience au sein de l’incubateur qui a duré 3 ans, j’ai décidé d'utiliser la Tech pour résoudre cette problématique et j'ai développé 50inTech. C’est une plateforme qui permet de connecter les femmes qui travaillent dans le domaine de la Tech, entre elles et avec des entreprises qui ont des politiques d'inclusion. J’ai créé la boîte à Paris avec un associé il y a 5 ans mais elle a vraiment démarré en 2020. Aujourd'hui, nous avons 14 employés disséminés un peu partout donc on fait beaucoup de télétravail. C’est une start-up à impact avec un modèle assez scalable. À côté, on est aussi en train de développer une association qui permettra de faire du mentoring. »
« Je pense qu'on n’a pas accès aux mêmes recettes que les hommes. Les hommes se refilent assez naturellement les recettes du succès entre eux dans des réseaux dont les femmes ne font pas partie. Aujourd'hui, l'enjeu pour les femmes est bien sûr sur le mentoring, mais surtout sur le financement. Il est nécessaire que les femmes se donnent aussi les bons conseils et les bons contacts. C'est ce partage des bonnes recettes qui va créer la meilleure sauce ! Il faut qu’on génère ce rééquilibrage afin d'aider les femmes à se retrouver sur un vrai pied d'égalité. »
« Je me base sur mes trois ans d'expérience au sein de l'incubateur. Dans les premiers temps, il faut comprendre qui sont les gens, d'où ils viennent, quel est leur parcours. Leur demander d’expliquer leur rôle et leur vision de l'entreprise avec leurs propres mots. Mon but est de comprendre où en sont les entrepreneures que j’accompagne pour essayer de comprendre leurs enjeux. Le rôle d'une mentore, c’est de se poser les bonnes questions pour pouvoir développer les prochaines étapes. Je suis face à deux univers totalement différents : d'un côté, un programme de coaching et, de l'autre, le premier mascara écoresponsable.»
« J’ai adoré passer ce moment avec elles. Elles sont en phase de démarrage, le moment où il faut faire une répartition claire des rôles. Je les ai invitées à se demander si elles ont toutes les compétences nécessaires en interne ? N’ont-elles pas besoin d’un profil supplémentaire ? On a réfléchi aussi ensemble au financement. De quel montant et quel type de financement ont-elles besoin ? J'ai également repéré 2,3 personnes-clés à qui faire des mises en relation et je les ai incitées à identifier parmi les autres participantes du programme les potentielles synergies dont elles pourraient bénéficier. Je pense, en effet, qu’il faut tirer le maximum de toutes les opportunités qui se présentent ! »
« Je trouve leurs projets passionnants, j'ai déjà hâte de continuer à échanger avec elles. Je suis là pour les aider à se poser les bonnes questions et les mettre en relation avec des personnes utiles. Durant la phase de développement dans laquelle elles sont, c’est très important de rester entourée et de ne pas s’enfermer dans un huis clos. Par exemple, j’ai recommandé à Erika d’iAMSTRONG, qui vit en Espagne, un super incubateur en ligne, géré par un entrepreneur à succès de la Silicon Valley. Et j’ai aussi invité Léa et Julie de Pardi à se rapprocher d’un accélérateur retail. »
Profitez, vous aussi, des conseils des mentores de cette édition issus des ateliers thématiques :
« Pas mal de participantes veulent lever des fonds. Or, on sait que ce n’est pas simple en tant que femme. Seulement 1,9 % des fonds vont vers des femmes entrepreneures. Je propose un atelier d'éducation qui amène à réfléchir aux questions à se poser sur le financement. Pourquoi lever des fonds ? Quand le faire ? Est-ce nécessaire ? Qu'est-ce que ça veut dire et implique ? J’aborde aussi la logique de sortie qu’il faut anticiper et l’importance d’avoir conscience des biais de perception. Je leur rappelle également de bien exploiter leur réseau car c'est un outil très puissant et aussi de se fier à leur intuition. Il ne faut pas accepter l’argent d’investisseurs avec lesquels on ne se sent pas bien. Enfin, j’insiste sur le fait qu’il faut qu’elles travaillent à fond leurs pitchs auprès des investisseurs car c'est 13 fois plus de chance d'obtenir des fonds ! »
- Gardez toujours la tête froide et posez-vous toutes les questions : Pourquoi lever des fonds ? Quand le faire ? Est-ce nécessaire ? Qu'est-ce que ça veut dire et implique ? De quel budget avez-vous besoin ?
- Faites preuve de résilience et de persuasion afin de faire bouger les lignes car seulement 1,9 % des fonds vont vers des femmes entrepreneures.
- Choisissez une cinquantaine de fonds qui correspondent à votre recherche et à vos convictions et contactez-les. Ne commencez jamais par celui que vous voulez vraiment afin de vous laisser le temps de vous roder.
- N’hésitez pas à poser des questions sur leur processus aux fonds que vous contactez : quel est leur temps de décision ? Qui prend la décision ? Quels sont leurs derniers investissements ? …
- Exploitez au maximum votre réseau pour trouver des investisseurs. Vous pouvez aussi vous tourner vers SISTA Fund et French founders.
- Fiez-vous toujours à votre intuition, n’acceptez pas l’argent d’investisseurs avec lesquels vous ne vous sentez pas bien.
- Travaillez à fond vos pitchs car c’est 13 fois plus de chance d’obtenir des fonds !
- Entourez-vous de personnes qui ont déjà levé des fonds afin de pouvoir récolter des conseils.
- Apprenez à entendre les refus sans être découragée et travaillez votre santé mentale.
Crédit photo : Virginie Garnier.
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